Zidor divorce en 18981 ; dans les colonnes de l’Est Républicain, on attribue sa folie passagère à quelques « infortunes conjugales »2. Seul à gérer l’hôtel, il décide finalement de passer la main. En 1899, des annonces paraissent dans les journaux indiquant que la gérance de l’établissement est à louer. Defranoux veut prendre ses distances et choisit d’emménager à Nancy ; le 20 décembre 1901 il débarque dans la capitale lorraine, rue de Nabécor, avec sa cuisinière Élise Georgel3.

Guillemette Mohr, reprend l’hôtel des Bains le 1er octobre18994, elle loue l’établissement à Mme Cholé pour douze années. Elle fait rapidement faillite et part emménager à Nancy. Elle y décède le 9 octobre 1911.

L’Hôtel français de G. W. Boos (1899-1911)

Avant de partir à Nancy, Zidor confie la gestion de son hôtel à un professionnel du tourisme : Guillaume William Boos, originaire de Schwalbach en Allemagne (Sarre). Il reprend l’hôtel en 1900 qu’il loue pour 1 600 francs la première année et 2 000 francs à partir de 1902.

Le parcours de cet hôtelier allemand est particulièrement intéressant. En 1879, on retrouve la trace de ce maître d’hôtel dans les Alpes-Maritimes, à la Turbie, un petit village sur les hauteurs de Cannes, proche de la frontière italienne. Sa femme, Pauline Huther, et ses deux filles : Pauline et Emma Wilhelmine, l’accompagnent. Ces dernières sont nées en 1870 et 1871 à Weil et Berne en Suisse où il a vraisemblablement travaillé (dans le tourisme?). À partir de 1886, on le retrouve à Bussang5. Ces filles ne vivent plus avec lui, mais avec sa femme à ses côtés, il dirige le tout nouvel hôtel des Sources de Bussang. Le personnel de l’hôtel est principalement d’origine suisse et allemande. En 1890, il demande la naturalisation française pour lui, sa femme et ses deux filles. Tous les quatre sont déclarés comme vivants à Bussang, toutefois ses deux filles ne figurent pas sur les recensements aux côtés de leurs parents. En 1899, il répond à l’annonce de Defranoux et accepte la gérance de l’hôtel.

L’escapade nancéienne de Defranoux dura deux années. Il revient dans les Hautes-Vosges avec de nouveaux projets. Le 15 mars 1905, l’Est-Républicain indique qu’il projette de créer un nouvel établissement à la Schlucht. Un hôtel est également en construction au sommet du Hohneck, le futur hôtel Bernez.

De son côté, Guillaume Boos s’entoure d’une famille italienne originaire de Zumaglia (Piémont). Séraphino Sella et sa femme Virginia Colla-Bona font office de domestiques et de gardiens d’hôtel. Cette famille n’est pas tout à fait étrangère aux Boos. La première fille, Pauline, a épousé en 1889 un certain Antoine Jean-Baptiste Sella (1853-1936), originaire également de Zumaglia et propriétaire d’un hôtel de luxe à Antibes et de 18 ans son aîné6. Un lien de parenté entre Jean-Baptiste Sella et Séraphino est probable, mais aucune preuve n’a été retrouvée permettant de l’affirmer.

Le 29 mai 1904, l’hôtel Boos accueille les invités de la montée inaugurale du tramway de Retournemer au Hohneck. On apprend à cette occasion que Guillaume Boos a fait construire une nouvelle véranda7. L’établissement de cette nouvelle ligne de tramway constitue un nouvel atout pour le col et permet encore de faciliter l’acheminement des touristes.

Les Boos conservent la gérance de l’hôtel jusqu’en 1911, Guillaume Boos décède en 1909. En même temps, l’hôtel est épinglé par les services de l’hygiène. La veuve Boos, à qui l’on demande de payer les réparations et les aménagements à effectuer, attaque en justice Defranoux qui, après une guerre juridique, est contraint de payer les réparations (l’affaire est allée jusqu’au Conseil d’état8).

En 1911, Defranoux trouve un nouveau gérant pour son hôtel, cette fois, c’est un suisse : Jean Ruch.

L’hôtel Ruch (1911-1914)

En 1911, le nouveau gérant de l’hôtel est suisse : Jean Ruch (né en 1887 à Lotzwil, commune du canton de Berne de 1 511 habitants en 19109). Il vit avec Marie Berntzwiller une domestique cuisinière allemande originaire de Sulzeren et avec Onorato Gallo-Bona (ou certainement Colla-Bona), un domestique d’origine italienne de Zumaglia10, probablement un proche des domestiques de l’époque Boos.

Voir sur Gallica.bnf.fr : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b69238055

À la veille de la Première Guerre mondiale, la Schlucht est le théâtre d’une affaire criminelle qui défraye la chronique judiciaire. « Le Drame de la Schlucht » fait la une des journaux parisiens !

Affaire à suivre…

1Divorce prononcé le 24 septembre 1898, Arch. dép. des Vosges (4 E 199/25).

2L’Est-Républicain, 30 novembre 1897 (voir sur le kiosque-lorrain.fr).

3Arch. municipales de Nancy, 1 F 1598.

4Club cartophile Géromois, Pionniers de l’hôtellerie géromoise.

7Gérardmer Saison (10 juillet 1904).

8Voir sur Gallica : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5736628h/f99.image.r=%22Pauline%20Boos%22 ; Archives départementales des Vosges, Edpt 502, 3 J 1.

9Wikipédia, Lotzwil (Municipality in Switzerland) ; Swiss Federal Statistical Office STAT-TAB Beölkerungsentwicklung nach Region 1850-2000.

10Archives départementales des Vosges, recensement de la commune du Valtin de 1911

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