Portrait d’André Marcot en 1929. (BNF, Gallica, Agence Meurisse).

Fils de cultivateur, né à Moyemont et ayant passé sa jeunesse à Thaon-lès-Vosges, André Marcot est devenu une star des vélodromes parisiens. Retour, en archives, sur la carrière d’un grand champion vosgien !

Né le 1er mai 1897 à Moyemont, André Marcot se passionne très tôt pour le vélo auprès de Prosper Jordan, marchand de cycles à Thaon. En 1916, il est mobilisé au sein du 11e régiment du Génie. Au cours des derniers combats à Vaux (Aisne), un éclat d’obus lui brise l’omoplate droite. Après la guerre, la passion de la petite reine ne l’a pas quitté et il décide s’y engager à fond. Il endosse le maillot du Véloce-Club Spinalien et participe aux grandes épreuves régionales. Le 20 septembre 1920, André Marcot remporte le championnat des Vosges de course sur route. La semaine suivante, il se classe 3e de Nancy-les Vosges, derrière deux coureurs nancéiens réputés. Dès ses premières courses, les fins connaisseurs voient déjà en lui un futur crack.

Entre 1921 et 1923, il se spécialise de plus en plus sur piste sous la houlette de Paul Didier qui nourrit pour lui de grands espoirs.

Paul Didier a commencé sa carrière avant-guerre et a eu son heure de gloire en 1913. C’est un coureur réputé qui a fait de nombreux tours de piste sur tandem en compagnie d’un autre vosgien : Séraphin Morel (à qui j’ai déjà consacré un petit article ici). C’est en sa compagnie que le jeune Marcot fait ses preuves sur les vélodromes parisiens.

Lors du prix Arthur-Linton 1923, se déroulant au vélodrome d’hiver, le tandem Paul Didier-André Marcot fait même sensation en battant le record du tour de piste, précédemment détenu par… Paul Didier et Séraphin Morel ! La semaine suivante, au même endroit, Marcot fait à nouveau parler de lui en s’imposant dans le prix Bourotté, une course secondaire, mais qui lui assure une petite notoriété dans le monde de la piste.

Humblot et André Marcot dans le match des jeunes le 22 juillet 1923. Match en deux manches remporté par le vosgien. (BNF, Gallica, Agence Rol).

La folie de la « course monstre »

André Marcot poursuit ainsi une carrière de très bon pistard, mais c’est en 1926 qu’elle atteint son sommet. Depuis 1924, André Marcot est associé à différents coureurs pour participer à des courses de « Six jours ».
Ce type d’épreuve dont le but est (comme son nom l’indique) de courir six jours, non-stop, est apparu à la fin du XIXe siècle aux États-Unis. D’abord courues en solitaire, elles se déroulent finalement par équipe de deux. Lorsque l’un tourne sur la piste, l’autre se repose. Le but est de couvrir le plus de tours et d’emporter le maximum de primes distribuées à toutes heures du jour et de la nuit ! Les courses de six jours sont extrêmement populaires à la fin des années 1920 et au début des années 1930.

André Marcot entre dans le cercle restreint des six-dayman en 1924. Il est d’abord associé à Joseph Baron. Cette première expérience est difficile, le duo termine dernier. En 1925, Marcot chute et doit abandonner le dernier jour. En 1926, il est associé à un nouveau partenaire, le belge Étienne Putzeis. Après 6 jours de course et 144 heures, Marcot et Putzeis, à un tour de Wambst et Lacquehay, terminent deuxième de la 8e édition des Six Jours de Paris. Au cours de cette épreuve incroyable, près de 140 000 francs de primes ont été distribués, devant des tribunes pleines à craquer. À la fin des années 1920 c’est incontestablement le sommet de la saison sportive.

André Marcot lors des Six jours de Paris 1926. (BNF, Gallica, Agence Rol).

André Marcot participe encore à plusieurs éditions des Six jours de Paris :

  • En 1927 (avec Étienne Putzeis, continue avec Erich Junge) : non classé. Son coéquipier est victime d’une chute. Il choisit de terminer l’épreuve avec un autre coureur esseulé pour faire la chasse aux primes.
  • En 1928 (avec Alexis Blanc-Garin) : 11e.
  • En 1929 (avec René Vandenhove, continue avec Georges Coupry) : non classé (7e).

André Marcot poursuit sa carrière en se spécialisant dans les courses à l’américaine (par équipe de deux) dans lesquelles il est souvent associé à ses amis Georges Faudet, Alexis Blanc-Garin et René Vandenhove. En janvier 1930, il est victime d’une très grosse chute au vélodrome d’hiver. Cet incident marque la fin de sa carrière. Les journaux nous apprennent, quelques mois plus tard, que le coursier vosgien ouvre un magasin d’articles de chasse et de lunetterie avenue du Bac à La Varenne-Saint-Hilaire.


Le pistard vosgien se marie en 1927 avec Anna Nolot, sténo-dactylo du vélodrome d’hiver, rencontrée en 1926 à l’occasion des Six jours. Ils emménagent ensemble à La Varenne-Saint-Hilaire dans l’est de la région parisienne. Anna fait poser une petite plaque émaillée sur la grille de la maison « Vit là l’écureuil« . Un clin d’œil à la profession de son mari, les coureurs de six jours sont en effet surnommés par les journalistes « les écureuils ». Cette plaque est toujours visible sur la petite maison du 8 avenue Robert à Saint-Maur-des-Fossés, mais le propriétaire actuel sait-il ce qu’elle signifie ?


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